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Conseil Conjugal et Familial en Vaucluse

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IVG : quand porter la vie devient fragilité.

Que l'on soit «pour» ou «contre», l'IVG pointe du doigt la vulnérabilité de la femme à travers cette capacité unique, immense et puissante : celle de donner la vie. En effet, à chaque fois qu'elle reçoit, porte ou donne la vie, la femme est dans une situation paradoxale : puissante, elle n'en reste pas moins vulnérable.

 

Attendre un enfant : lieu de bonheur ou de fragilité ?

Concevoir, porter un enfant, donner la vie, une expérience peu commune, dont chacune se souviendra dans la construction de son devenir femme, de son devenir mère. De façon positive, lieu de croissance et de révélation, mais également parfois de façon négative, marquante, traumatisante.

 

Vulnérable quand elle reçoit la vie.

La force de l'homme soumet la femme. Dans la relation sexuelle, l'homme peut tout aussi bien aimer sincèrement la femme qu'il sert dans ses bras et lui apporter beaucoup de plaisir, que lui imposer son désir. Parfois avec violence. (La force, au service d'une virilité qui révèle la femme à elle-même, oui; mais utilisée de façon égoïste, parfois même pour anéantir, est un acte barbare, condamné par la loi, et appelé "viol".)

 

Vulnérable quand elle porte la vie.

De nombreuses femmes rayonneront de voir leur ventre s'arrondir. Hier encore, plusieurs femmes me partageaient avec émerveillement ce que la grossesse avait été pour elles. Mais la grossesse est également une période de vulnérabilité affective, psychologie et physique, une période de bouleversement, «d'entre-deux» identitaire, de fatigue, et qui peut mettre la femme dans une grande détresse quand elle n'est pas accompagnée.

 

Vulnérable enfin quand elle donne la vie et devient mère.

Certaines femmes garderont le souvenir d'un accouchement facile et heureux. Pourtant donner la vie peut également rester une expérience profondément douloureuse. La femme est démunie. Son corps lui échappe : il y a la fatigue, la douleur, l'inconnu, l'émotion. Et malgré tout, pour que chacun puisse vivre, mère et enfant, il faudra bien le passer, ce cap de l'enfantement : chaque naissance est une petite mort à soi-même tant la femme se donne pour que son enfant vive.

 

L'accouchement, une expérience paradoxale.

Si l'accouchement est une expérience «marquante», «puissante», le plus souvent positive, de nombreuses femmes se sentent également terriblement «seules», «angoissées» et «vulnérables» à ce moment de leur vie. «Je pensais mourir alors que mon enfant naissait». C'est paradoxale, j'en conviens, mais pas contradictoire. Donner la vie reste proche d'une expérience de mort : l'épuisement, les fantasmes liés à l'histoire de chacune, de ce qu'elle aura pu entendre de l'accouchement, ou encore liés à la peur de mourir en couche comme autrefois, hantent les inconscients.

 

Parce qu'elle fait partie de l'expérience de la grossesse et du devenir mère, l'IVG continue de pointer la vulnérabilité de la femme. Pourquoi ?

- Parce qu'elle l'interroge soudainement dans son identité de femme, de mère, de compagne.

 

- Parce qu'elle ébranle un lien de confiance qu'elle avait envers son homme, envers elle, envers eux deux.

 

- Parce que trop souvent encore, elle sera seule à faire les démarches. Alors qu'au départ, ils étaient deux. Et que trop souvent encore, l'homme lui laissera le choix de garder ou non l'enfant, la laissant seule face à cette responsabilité. Accentuant son désarrois, sa détresse. 

 

- Parce qu'une IVG, ce n'est pas drôle et, oui, ça peut faire mal, tout simplement. Aucune femme ne prend rendez-vous de gaieté de cœur.

 

 

 

Un vacillement identitaire.

En découvrant la grossesse, au-delà de la surprise, ce sont la colère, la panique, parfois l'angoisse ou la sidération qui s'invitent. Comment comprendre un inconcevable ? De quel désir parle mon corps ? Que dit-il de ce que je suis et de ce que j'aspire à être ? C'est tout cela qui est porté en plus de la grossesse «non prévue».

 

Touchée au cœur de son intimité, physique et psychologique, au cœur de ses représentations, de ses désirs, qu'elle ne comprend pas toujours, la femme peut connaître un véritable vacillement. Et si certaines garderont cette «promesse de vie», d'autres seront dans l'impossibilité de se projeter enceinte ou mère. L'IVG pourra leur apparaître comme une issue possible, voire même «salvatrice».

 

Se rendre à la maternité, se confronter, ou pas, avec soi-même ou avec le père de l'enfant, est un chemin que la femme devra parcourir pour accéder à l'IVG. Il sera plus ou moins bien vécu selon chacune. Au-delà, c'est son histoire qui sera interrogée de façon nouvelle, parfois violente, à la lumière de cet événement.  Culture, croyance, force, fragilité, ambivalence du désir d'enfant, d'être mère et d'être femme, histoire personnelle et maternelle, filiation viendront colorer une possible élaboration.

* Les mots en italiques sont issus d'entretiens.

 

Conseil Conjugal et Parentalité, 3 novembre 2015