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Conseil Conjugal et Familial en Vaucluse

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Entre la Madone et la Putain le cœur des femmes balance.

 

« J'en ai marre de n'être que mère. Aujourd'hui, je veux vivre ma vie de femme. 15 ans que je me donne à mes enfants, à mon mari. Je fais mes valises et « bye bye ! » : il s'occupera des enfants une semaine sur deux, moi je pourrai souffler. De toutes les façons, je voulais retravailler à temps-plein. Et puis … vous comprenez, au niveau érotique, franchement il ne me faisait plus aucun effet. »

 

Elle s'arrête, pensive, puis reprend, avec des étoiles dans les yeux : « Tandis que cet homme, mon amant si vous voulez, et bien, il me réveille et me donne des papillons dans le ventre. »

 

Il semblerait que cette problématique soit contemporaine.

De nombreuses femmes donnent beaucoup à leur maternité, jusqu'à l'épuisement parfois, oubliant toute vie sociale, professionnelle, et même érotique, reléguant le mari au statut de géniteur. Il n'a pas de place : la femme ne la lui donne pas forcément; quand à d'autres, ils se garderont bien de la prendre. Le sujet est complexe.

 

Mères. Elles ne sont plus que  mère. Mettant entre parenthèses leur vie de femme.

 

 

Et puis, un jour de printemps identitaire, la femme se réveille : « Où en étions nous ? » demande-t-elle à son mari. Plusieurs années ont passé ... Bonne question : où en est-elle de sa vie de femme, de ses rêves, de ses aspirations ? Et lui ? L'homme ? Qu'est devenue leur histoire de couple ?

 

Lequel des deux osera répondre à cette question, portant de façon sous-jacente le désir bouillonnant d'ouvrir à nouveau la parenthèse, fermée quelques années plus tôt ?

 

Si le mari, le compagnon, ne saisit pas cette opportunité, il se peut bien que la femme soit tentée de laisser à un autre la possibilité de risquer une réponse ...

 

Alors : Mère ou femme ? Femme ou mère ? Femme et mère ? La problématique est-elle si contemporaine que ça ? Il semblerait que non. L'approche est délicate, le questionnement présent depuis longtemps.

 

 

Madone et Putain. Icônes antagonistes de la femme.

Entendez par ces deux mots, la représentation de la mère et/ou de la femme dans ce qu'elle a de plus excessif.

 

  • L'approche artistique nous montre combien ces deux prototypes ont interrogé les hommes et les femmes, essayant d'en percer le mystère, de le signifier, de le transcrire.

 

  • La psychanalyse souligne la difficulté de les concilier en une seule femme : pour l'homme, tel qu'il appréhende la femme, ou pour la femme, tel qu'elle s'envisage.

 

  • La femme contemporaine ne cesse de creuser ces questions : « Comment être mère et femme ? Comment s'efforcer d'ajuster ma vie tout en restant au plus proche de ce à quoi j'aspire ?» 

 

  • Les femmes que nous rencontrons, accompagnons, ainsi que les hommes, continuent d'interroger en cabinet cette problématique, les tensions qui en résultent, ainsi que les crises, cherchant à comprendre comment les résoudre.

 

 

La femme est-elle clivée ? Qui sont les Madones, qui sont les Putains ?

 

  • Madone.

Regard de contemplation, amour infini que rien ne semble troubler, habité par le silence, temps suspendu. Regard de madone, parfois perdu, qui rappelle combien la mère est capable d'oublier le monde quand, de ses yeux émerveillés, fatigués, épuisés, elle contemple encore son tout-petit, celui qui vient de naître, lové au creux de son bras, havre de tendresse. Madone happée par le visage énigmatique de ce nouvel autre, à l’affût d'une mimique, d'un sourire.

 

Un bonheur, ou pas, irrationnel et sans mesure, capable de faire passer la « working-girl » la plus ambitieuse en mère dévouée, la femme la plus solide en mère démunie en l'espace d'un jour ou d'une nuit, le temps de la naissance, première rencontre avec l'enfant attendu, paisible ou bruyante tant l'explosion intérieure de cet avènement peut être brutale.

 

Maternel fier et sublime que tant d'artistes ont cherché à nous faire contempler.

 

  • Putain.

Ou l'une des représentations de l'érotisme féminin. Hanches exquises, folie amoureuse, beauté de Vénus. Bouche désirée et désirante. Seins que l'on pétrit. Origine du monde. Sexe ravissant et inquiétant. Dieu que le corps de la femme est beau, secret, inspirant, émouvant, fascinant : éternel sujet.

 

Séduire, celui qu'elle désire, celui dans les yeux duquel elle cherche la promesse d'une étreinte délicieuse, passionnée, sans condition. Sauvage ! Se laisser envoûter. Oser dire sa jouissance. Attente parfois cruelle ou douloureusement déçue.

 

Conquérir le corps de l'autre, cet homme, amant espéré. Graver en son cœur les souvenirs voluptueux des nuits passées ensemble, posséder dans ses paumes le contour de ses courbes viriles. Cartographie érotique.

 

 

La femme : antinomique ?

Alors, oui, si la femme n'accepte pas cette ambivalence qui peut l'habiter, si elle ne la travaille pas, si l'homme qu'elle aime ne l'accompagne pas, si elle ne sollicite pas cet homme dans ce labyrinthe intérieur, oui, elle peut se cliver, et prendre le risque de n'être que mère, et puis un jour de n'être que femme.

 

  • Être femme ET mère c'est risquer la connivence entre fougue et tendresse : 

Deux espaces distincts au milieu desquels se décline une palette de nuances identitaires, combinaisons inépuisables de ce que peut être la femme, selon les périodes, les âges et les temps de la vie. Femme, mystérieuse à elle-même.

  • Oser ce risque, c'est refuser de choisir entre maternel et féminin.

Au-delà des peurs, partir à la recherche d'une vision unifiée, intérieure, pacifiée de l'identité féminine, dans laquelle la maternité aurait toute SA part mais pas toute LA part, et dans laquelle la féminité pourrait se déployer et se réaliser, détachée de tout modèle, mais pas de tout repère.

 

 

Femmes, soyez « Femme, Madone et Putain », non réductibles à l'une ou l'autre de ces deux capacités qui vous définissent. Osez en mélanger les représentations comme on mélange des couleurs.

 

Cherchez des variations d'où émergeront un jour, je l'espère, femmes et mères, ensembles, libres, décomplexées, accomplies, non pas contre les hommes, mais plutôt tout contre eux.

Février 2017

 

Crédit photo Frédéric Sicard